mardi 26 septembre 2006
Quand un coup de boule se transforme en coup de génie
Par Football champions fans, mardi 26 septembre 2006 à 20:01 :: General
Quand un coup de boule se transforme en coup de génie
Marketing - L’altercation entre Zidane et Materazzi est aujourd’hui un sacré business. Inventaire.
florence noël
Publié le 26 septembre 2006
Musique mp3 coup de boule sonneries pour mobile coup de boule
Quelques minuscules secondes. Voilà ce qu'aura duré le coup de tête
qu'a asséné Zinedine Zidane dans la poitrine du joueur italien Marco
Materazzi lors de la finale de la Coupe du Monde de football. Vue par
des millions de personnes, la scène, elle, devrait rester ancrée dans
les mémoires pendant de longues années.
![]() Le coup de boule de Zidane sur Materazzi © EPA |
Il n'en fallait pas plus pour que les publicitaires s'en mêlent.
Saisissant au vol l'affaire du coup de boule, les experts du marketing
l'ont transformé en véritable coup de génie. Un sacré business où les
perspectives se chiffrent en millions. Petit inventaire des
détournements commerciaux du plus célèbre scandale que le monde du
football ait connu ces dernières années.
- La chanson. L'empreinte du crâne de Zizou était encore sur le poitrail de Materazzi qu'une chanson circulait déjà sur Internet. Vingt-quatre heures après ce malheureux épisode, les frères Lipszyc, cogérants de la société La Plage Records, composaient encore enivrés les paroles de cette chanson en détournant le tube sorti par Cauet au début de la Coupe du Monde. Succès quasi instantané. Un jour plus tard, Warner leur fait une offre pour racheter les droits de distribution de Coup de boule et allonge 45 000 euros pour le tournage du clip. Le single, lui, est fabriqué en l'espace de 48 heures. Dans les hypermarchés, c'est la ruée: 17 000 disques sont vendus en deux jours tandis que 12 000 chansons et 48 000 sonneries sont téléchargées sur Internet, engrangeant un chiffre d'affaires éclair de 75 000 euros. «Du jamais vu dans notre industrie», expliquait à l'époque Thierry Chassagne, président de Warner Music France. Aujourd'hui, plus de 60 000 exemplaires de la chanson ont déjà été vendus.
- Les jeux. Difficile de chiffrer les retombées économiques d'un tel marché. Reste qu'on ne compte plus les sites Internet dédiés au coup de boule, toujours assortis d'innombrables jeux permettant de se transformer en Zizou et d'achever Materazzi. Les liens publicitaires qui s'affichent sur ces sites profitent de leur fréquentation et empochent au passage quelques deniers.
- Le logo. L'idée a germé dans le cerveau d'un homme d'affaires chinois. Zhao Xiaokai regardait la finale lorsqu'il a imaginé faire du coup de boule une marque déposée. Assortie d'un logo représentant les deux silhouettes des joueurs en ombre chinoise - afin de ne pas pouvoir reconnaître les visages de Zidane et Materazzi - la marque «Coup de tête en métal» est déposée le 18 juillet à l'Office national du brevet, tandis que Zhao Xiaokai immatricule sa nouvelle société au Registre du commerce pour 2000 yuans (313 francs suisses). Objectif: revendre les activités de cette société au plus vite, pour en tirer un revenu global de 1 million de yuans, soit 160 000 francs environ. Chaussures, drapeaux et autres canettes de bières ornées de ce label commercial sont déjà envisagées.
- Le t-shirt. Surfant sur la vague, Franck Simon, patron de la société D-Maintenant! a attendu la fin du mois d'août pour mettre en vente sur Internet des t-shirts ornés d'une cible sur le devant et de l'inscription «Materazzi» à l'arrière. Dix-neuf euros l'unité. Le match «revanche» France-Italie du 6 septembre a sans conteste accéléré les ventes des produits qui, dixit leur créateur, obtiennent déjà un franc succès. «Le bouche à oreille fonctionne à merveille. Nous allons devoir en fabriquer de nouveaux pour répondre à la demande», a-t-il récemment déclaré.
- La pub. Alors que Zidane tente de faire oublier cette histoire, Materazzi a décidé lui aussi d'en profiter. Difficile de ne pas voir depuis la semaine dernière ce spot de publicité où le joueur italien, seul au milieu d'un terrain de football, repousse sans peine avec sa forte poitrine toute une série d'objets, d'une boule de bowling à une Jeep en passant par un footballeur américain en furie. Marco Materazzi aurait touché pour cette publicité la modique somme de 25 000 livres, soit 59 000 francs suisses. Les retombées publicitaires pour Nike, la marque créatrice de ce spot, devraient être bien plus importantes.
Grâce à Zidane, Materazzi passe de zéro à héros
L'obscur exécuteur des basses œuvres avait beau figurer dans
l'équipe nationale italienne, n'empêche: avant ce Mondial et son
épilogue, le sombre Marco Materazzi était davantage connu pour être
l'agresseur plutôt que la victime.
Son surnom? «Le boucher».
D'ailleurs, en «hommage» à ses interventions, plusieurs sites internet
proposent des florilèges de tacles et autres coups distribués par le
rugueux défenseur.
Seulement voilà: Zidane et son coup de boule
sont passés par là, un soir de juin, devant des milliards de
téléspectateurs. Et tout a changé pour Marco Materazzi.
Le zéro est
devenu héros. Oh, pas si facilement, bien sûr. Une pléiade d'experts en
lecture sur les lèvres s'est d'abord acharnée pour savoir ce qui
s'était dit, dans ces fameux murmures entre le Dieu - Zizou - et le
renégat - Materazzi.
On a eu droit à toutes les interprétations.
Toutes les insultes les plus sordides, les plus racistes, ont été
placées dans la bouche de l'Italien. Cela devait forcément justifier
que le Dieu soit tombé sur la tête. A l'arrivée? On ne connaîtra sans
doute jamais l'exacte vérité. Mais Zidane lui-même a dissipé certains
doutes. Sans s'excuser. Un Dieu, même quand il tourne au mauvais
démiurge, s'exclut de ces politesses-là…
Alors? Alors Materazzi,
avec ses tatouages, sa tronche de méchant qui soudain devient victime,
a resurgi. Comme un symbole. Il ne sera plus jamais ce voyou des
terrains. Grâce à Zidane, il est un héros. Un demi-dieu peut-être, mais
c'était inespéré pour lui… (dv)




