Lilian Thuram ne comprend pas les réactions suscitées par sa décision d'inviter 80 sans-papiers de Cachan lors de France-Italie (3-1), mercredi. Le défenseur ne pensait pas que ce geste aurait pris une tournure politique. Il en arrive presque à le regretter.

LILIAN THURAM, la France a passé une belle soirée face à l'Italie...

L.T. : C'était très, très bien. Franchement, c'était quelque chose de très agréable. On a fait un très très bon match, on a eu la chance de marquer vite, on a pris un but, mais on a mis le troisième, c'était une très bonne soirée, car il y a eu la manière. Après leur but, on est restés assez calmes. On avait la maîtrise du jeu. Le plus important, c'est qu'on a vu une très belle équipe de France.

Par rapport à la finale du Mondial, qu'est-ce qui a changé ?

L.T. : L'équipe italienne a quand même pas mal évolué depuis sa victoire en Coupe du Monde. Il n'y avait pas tous les titulaires de la finale à Berlin. Mais l'Equipe de France poursuit sereinement son chemin. Elle a progressé depuis le Mondial. Et je crois qu'elle pourra encore progresser. Mais je préfère encore attendre quelques matches pour faire le point dans ces éliminatoires.

La France s'inscrit dans la continuité...

L.T. : Complètement ! Il y a une confiance retrouvée. Il y a une envie de jouer ensemble et de bien faire les choses. C'est ce qui se voit sur le terrain. On se sent capable de bien jouer. Après, vous pouvez avoir les occasions et ne pas marquer. Face à l'Italie, ça s'est bien passé. Il y a beaucoup de joueurs de très haut niveau. Cette fois, Sidney est rentré et a marqué deux buts. C'est très bon pour la confiance de tout le groupe.

On vous a vu parler avec les Italiens à la fin du match. Que vous êtes-vous dit ?

L.T. : (Rires) Je rigolais parce que je leur disais que, à la fin du match, on va nous remettre la Coupe ! Mais ça n'est pas le cas... Ils riaient aussi parce que, pour eux, c'était une revanche. Malheureusement, on a perdu la finale de la Coupe du monde. Mais (mercredi) soir, on a gagné et bien gagné.

On a beaucoup parlé des 80 sans-papiers de Cachan que vous avez invité avec Patrick Vieira. Pourquoi ce geste ?

L.T. : Pourquoi ce geste ? Ce qui est bizarre, c'est que j'ai l'impression de faire quelque chose d'extraordinaire. Mais ça fait déjà pas mal de temps que j'invite des personnes lors des matches. Mais ça ne s'est pas su. On ne voulait pas le faire savoir. Et j'invite qui je veux. En règle générale, ce sont des personnes qui n'en ont pas la possibilité. Un peu de bonheur, ça ne fait pas de mal. Quand j'en ai l'occasion, je le fais. Ça fait partie du rôle de chacun. Quand on peut tendre la main à quelqu'un, il ne faut pas hésiter. Quand vous serez dans le besoin, on vous tendra également la main. C'est ma conception de la vie.

Comment expliquez-vous les critiques que ce geste a suscité chez plusieurs hommes politiques ?

L.T. : (Surpris) Ah bon ? Donc on ne peut pas faire passer un bon moment à une personne si on en a l'occasion ? C'est bizarre... Ça me fait un peu peur même. Je ne comprends pas. Peut-être que eux n'ont pas compris qu'on n'était pas dans une logique électorale. On parle quand même de personnes. Parfois, on l'oublie. Ce qu'ils ne comprennent pas, c'est qu'on agit avec le coeur. Malheureusement, les politiques ont tendance à chosifier les gens. A partir de ce moment, on peut dire n'importe quoi. Mais, si vous voyez quelqu'un qui souffre, qu'est-ce que vous faites ? Vous l'aidez !

On va vous coller une étiquette d'anti-Sarkoziste...

L.T. : Ça, ce sont des conclusions hâtives. Moi, je ne suis contre personne. Je suis simplement un footballeur qui peut rendre service et je le fais. Car il faut savoir comment les choses se sont passées : je parlais avec un ami qui m'a parlé de la situation et je les ai invités à venir voir France-Italie. Mais j'ai l'habitude de le faire. Ça n'est pas une nouveauté. Par exemple, j'avais invité un autre groupe de 80 personnes dans le stade, soit au total 160 personnes. Généralement, quand la France joue à domicile, j'invite toujours des personnes. On n'en parle pas. Pourtant, c'est la même démarche. C'est pour ça que je me demande où est le problème. On devrait dire que c'est bien de s'intéresser à ces gens.

Avez-vous déjà songé à une carrière politique ?

L.T. : Non... Je suis dans le football et c'est très bien. Je pense qu'il faut être libre en tant que personne. Quand vous faites de la politique, vous n'êtes pas libre. Du coup, peut-être que vous ne réagissez pas en homme ensuite. Ce qui m'effraie, c'est qu'on se dit que je n'aurais pas dû car je suis joueur de foot. Si je ne peux pas aider des enfants à passer une heure et demie de bonheur, c'est un peu bizarre... J'en arrive à me dire que je n'aurais pas dû le faire.