Mondial: Zinédine Zidane a perdu la tête --par Jean-Luc Courthial--

10.07.06 | 12:47


BERLIN (AP) -- Deux coups de têtes gagnants en 1998, un "coup de boule" perdant en 2006.
Les finales de Coupe du monde ne se ressemblent pas pour Zinédine Zidane et pour l'équipe de France de football.
Face à l'Italie, "Zizou" a "disjoncté" à dix minutes de la fin des prolongations, laissant ses coéquipiers mourir seuls après les avoir beaucoup aidé à survivre ensemble.
Son coup de tête dans la poitrine de Marco Materazzi restera comme son dernier geste effectué sur un terrain de football, alors que les 69.000 spectateurs de l'Olympiastadion de Berlin croyaient garder à jamais en mémoire la magnifique "Panenka" effectuée lors du penalty ayant permis aux Français de mener à la marque dès la 7e minute de cette 18e finale de Coupe du monde.
Personne n'a expliqué la fureur de Zidane, personne n'a divulgué le contenu des mots échangés avec Materazzi avant ce geste suicidaire, et cela ne sera peut être jamais su. Car, les voix de "Zizou" sont impénétrables.
On le sait depuis l'été 2005, quand Zidane s'était réveillé en sursaut à trois heures du matin, chez lui à Madrid.
"J'ai parlé avec quelqu'un pendant des heures, j'étais tout seul avec cette personne, et j'ai pris la vraie décision de revenir. J'étais comme interdit devant cette force qui dictait ma conduite et j'ai eu comme une révélation. J'ai eu soudain envie de revenir aux sources, à celles de mes débuts dans le foot quand je n'étais personne", avait-il révélé pour expliquer son retour en équipe de France après sa retraite prise au sortir de l'Euro 2004. En indiquant qu'il ne livrerait jamais l'identité de cette apparition.
Zidane avait-il parlé à Dieu? Pour faire taire les rumeurs les plus folles, le Ballon d'Or 1998 avait ensuite évoqué l'un de ses frères vivant à Marseille. Alors pourquoi tant de mystère? Saura-t-on un jour ce qu'à dit Materazzi?
Reste que le retour en bleu de Zidane, accompagné de Lilian Thuram et Claude Makelele sortis eux-aussi de leurs retraites en août 2005, a permis à l'équipe de France de se qualifier pour le Mondial 2006. Ils vont désormais terriblement manquer aux Bleus.
"Il va falloir apprendre à se débrouiller sans eux. Mais "Zizou", Claude et "Tutu", il faut d'abord leur dire merci, car s'ils n'étaient pas revenus, il n'y aurait pas eu de Français en finale ce soir", a déclaré Willy Sagnol au sortir des vestiaires du stade de Berlin.
Auteur du penalty de la victoire en demi-finale face au Portugal, Zidane avait semble-t-il fait le plus dur en convertissant face à Gianluigi Buffon un nouveau coup de pied arrêté, son 31e but international pour sa 108e et dernière sélection.
Mais Materazzi, désigné ironiquement "homme du match" par le sélectionneur Raymond Domenech, permettait à l'Italie d'égaliser à 1-1 douze minutes plus tard d'un magistral coup de tête sur corner. Le défenseur de l'Inter, qui avait été expulsé contre l'Australie et n'avait pas disputé le quart de finale avec la "Squadra Azzurra", devait ensuite réussir le deuxième des cinq coups de pied victorieux marqués à Fabien Barthez après les prolongations.
"On a gagné ensemble, on a perdu ensemble. C'est ce qu'il faut retenir", a déclaré Thierry Henry, trois buts lors de ce Mondial, mais resté muet en finale.
Entrés par la petite porte dans cette Coupe du monde après des qualifications poussives, les Bleus ont eu besoin de trois rencontres pour se mettre dans le bain. Après deux nuls contre la Suisse et la Corée du Sud, le déclic s'est produit lors de la qualification acquise face au Togo. Sans Zidane, suspendu pour deux cartons jaunes récoltés dans les matches précédents.
Les Bleus ont ensuite pris le rythme de croisière de leurs aînés sacrés en 1998, en balayant l'Espagne 3-1, les quintuples champions du monde brésiliens 1-0 et les vice-champions d'Europe portugais 1-0. Avant de buter sur l'Italie, qui depuis 1982 n'avait plus conquis de titre mondial.
Une Italie que la France avait battu aux tirs au but en quart de finale 1998. David Trezeguet, l'un des six rescapés en Allemagne de l'épopée d'il y a huit ans, avait marqué ce jour-là sans trembler. Dimanche, son penalty est allé frapper la transversale de Buffon, sans vouloir rentrer.
"C'est une grosse déception. Perdre une finale aux penalties, il n'y a rien de pire", a déclaré Patrick Vieira, impérial lors de ce Mondial.
"Chaque équipe a eu sa mi-temps. En première, l'Italie a dominé. On était mieux qu'eux en deuxième période. C'était deux équipes fortes défensivement, mais c'est frustrant, car on avait les moyens de gagner le match", a détaillé le milieu de terrain de la Juventus de Turin, l'un des neuf titulaires de la finale menacés de relégation avec leurs clubs en raison du scandale du "Calciocaos".
"Il va falloir rebondir et continuer à bâtir sur ce qu'on a fait", souligne Thierry Henry. "Car si on termine sur une mauvaise note, sur l'ensemble du tournoi on peut être content de ce qu'on a démontré".

Vidéo du coup de boule de Zidane