FOOTBALL - MONDIAL 2006

2010 paraît bien loin

Les cinq équipes africaines engagées ont disparu. Il paraît difficile de dire aujourd’hui qui peut émerger d’ici la prochaine Coupe du monde

Evanouis les «Elephants» de Côte d'Ivoire, envolés les «Eperviers» du Togo, volatilisées les «Black Stars» du Ghana... L'Afrique n'a guère brillé durant ce Mondial, avec une seule équipe présente en huitièmes de finale, sur cinq engagées, l'Angola et la Tunisie s'ajoutant aux trois pays déjà cités. Face au Brésil, mardi à Dortmund, le Ghana a certes affiché de réelles qualités, mais aussi bien trop d'approximations pour espérer faire trébucher les champions du monde. Sur les 45 points en jeu durant la phase de groupe (trois matches pour chacune des cinq formations), les Africains n'en ont pris que 12, un résultat inférieur à 2002.

«Les équipes africaines sont venues en Allemagne pour faire de la résistance. En pensant d'abord à ne pas perdre» estime Faouzi Majoub, qui porte un regard sans complaisance sur ce foot africain qu'il observe depuis 40 ans. Aux yeux du journaliste tunisien, la Côte d'Ivoire a pourtant joué un rôle à part. «C'est elle qui avait le plus de moyens. Elle a évolué à l'africaine, c'est-à-dire vers l'avant, tout comme le Togo dans une moindre mesure.» A propos des «Elephants» ivoiriens: «Ils ont payé cher les erreurs d'Henri Michel, qui n'a pas su organiser rationnellement sa défense ni aligner les meilleurs joueurs en même temps. A cela s'ajoute l'influence néfaste de Drogba, qui incite à jouer beaucoup trop la profondeur et à concentrer le jeu sur lui. Le sélectionneur n'est pas parvenu à mieux intégrer collectivement le joueur de Chelsea.»

Le cas de la Tunisie est différent. «Cette équipe a connu son apogée lors de la CAN 2004. Elle vit une fin de cycle. Ne s'intéressant pas aux joueurs locaux, Roger Lemerre a fait massivement appel aux expatriés; or ils ne jouaient que très peu dans leurs clubs, à l'image du buteur Santos (Toulouse). Quelle que soit la qualité de sa préparation, la Tunisie a donc souffert d'un manque flagrant de compétition.»

«Créativité bâillonnée»

S'agissant du Ghana, Faouzi Majoub exprime un regret, une certaine nostalgie même en songeant à l'équipe d'Abedi Pelé dans les années 1990. «Ce qu'a proposé ici le Ghana ne relève pas de sa véritable tradition. C'est un peu comme si les Brésiliens se mettaient à jouer comme les Allemands. Lorsqu'il est devenu champion du monde juniors (1991), le Ghana offrait un football très technique. Puis des Européens sont venus prospecter (l'Italien Dossena par exemple), faisant alors du Ghana un pays d'exportation. On s'est alors mis à fabriquer des joueurs costauds, dont Essien est le symbole; des gars formatés pour le marché européen. Ainsi, on ne peut plus parler des footballeurs ghanéens comme des Brésiliens d'Afrique. On a bâillonné leur créativité. C'est évidemment dommage...»

L'Afrique a fini par obtenir l'organisation d'une Coupe du monde, celle de 2010, en Afrique du Sud. Dans quel état le foot africain sera-t-il alors? «La réponse est très aléatoire, car ce continent a l'habitude de réagir au coup par coup. Le football africain vit une période de reflux, avec l'émergence de dirigeants sans grandes compétences et uniquement préoccupés par la politique du ventre. Comme en Afrique du Sud... Pour l'instant, l'Afrique possède beaucoup de très bons joueurs, mais pas encore de grandes équipes. Mais des pays comme le Cameroun (réd.: qui fut quart de finaliste en 1990, tout comme le Sénégal en 2002, meilleurs résultats africains à ce jour), le Nigéria ou le Maroc peuvent revenir au premier plan...»